Année A : dimanche de la 30e semaine ORDINAIRE (Litao30d.26) 25 oct.
Mt 22, 34-40 : non pas comme, mais en tant que…
La naissance de Jésus est plus qu’un anniversaire. C’est une entrée dans une civilisation de l’amour (Joseph Moingt) La sainteté des gens transforme l’histoire et la vie des gens non par des gestes grandioses, seulement touchant leur cœur. Jésus s’est donné du mal pour nous apprendre à aimer. Il fut un signe de contradiction (Lc 2,34). Une tentation nous guette, celle de contrefaire l’amour, de lui enlever sa beauté. Ce n’est pas en baissant les exigences de l’amour que l’on rend la foi attirante. Il ne faut pas être mou pour aimer. Que ton oui soit oui, que ton non soit non (Mt 5, 37). Il est temps de passer aux actes parce que l’amour n’est pas aimé (François d’Assise). La pire contrefaçon est d’agir comme si on croyait aimer.
Une contrefaçon fréquente est de « ramollir » l’amour en l’attachant à ce que l’on ressent. Nous écorchons facilement ce qu’est aimer. Nous « rapetissons » sa largeur, sa longueur, sa profondeur (Ep 3,18). Jésus apporte une nuance importante. Comme je vous ai aimée (Jn 13, 34) et non, précise le Lévitique (18,19), comme vous vous aimez vous-même. La nouveauté est d’aimer l’autre non pas comme que soi-même, mais en tant que Jésus qui ne peut rien faire d’autre que d’aimer.
L’autre est une extension de soi-même. Il est moi vue à travers la lunette d’un autre. Ce commandement n’en est pas un de catholique. Il est la pierre angulaire, le signe distinctif de tout humain, le pilier de toutes les reli-gions pour qui aimer est de cesser de se placer au centre.
Aimer guérit, apaise, ressuscite des cœurs brisés. C’est un combat toujours inachevé pour bâtir la fraternité et briser des divisions. C’est le remède qui remet de debout. Lève-toi et marche (Jn 5, 9-10) dit Jésus au paraly-tique lui offrant une parole qui brasse la cage de l’immobilisme, de la paralysie intérieure.
Je vous offre une image. Devant cet appel, nous agissons souvent en paresseux comme lorsque nous faisons le ménage. Nous poussons la poussière sous le tapis plutôt que de faire un grand ménage. C’est faire court. Nous mettons sous le tapis mille petites choses, pas très graves, comportement mal ajusté, jugement hâtif, négatif.
Affirmer haut et fort que nous aimons tout le monde, c’est mettre la poussière sous le tapis. C’est placer sous le tapis notre peu de respect, notre peu de considération, nos paroles qui blessent. Nos contrefaçons de l’amour visent à préserver l’image que nous voulons donner aux autres de soi-même. Plus nous sommes exempts de l’enflure de l’orgueil, plus nous sommes pleins d’amour (saint Augustin).
Aimer, disait un rabbin c’est voir dans le visage de n'importe quel homme ou femme et distinguer que c'est votre frère ou votre soeur. Si je ne vois pas cela, je ne sais pas ce qu’est aimer. L’amour de Dieu n’a de valeur que s’il pacifie les relations humaines. Nous « ramollissons » ce qu’est aimer en aimant ceux qui sont faciles à aimer et en manifestant peu d’empressement envers ceux que nous éprouvons et cultivons beaucoup d’antipathie.
Ma question peut surprendre : sommes-nous des hypocrites, des contrefaçons de l’amour ? Un hypocrite est celui qui enseigne une chose à laquelle il n’est pas encore parvenu. Il ne recherche pas la cohérence entre ce qui se voit et ce qui est caché. Il ne vit pas dans la vérité l’un des enseignements les plus forts de Jésus.
Est authentique celui ou celle pour qui aimer n’est pas un idéal à atteindre, mais un combat quotidien pour rendre aux autres leur dignité. Nous pouvons douter de tout, mais nous ne devons jamais douter que la terre est remplie de son amour (Ps 33,5) qui surpasse toute connaissance (Ep 3, 19).
À une époque où tout semble remis en question, il est bon de se rappeler qu’il existe quelque chose d’incontestable : nous sommes de vrais humains lorsque nous aimons comme Dieu et en tant que Dieu. Facile à dire, facile à vivre. Le plus difficile pour moi n’est pas d’aimer, mais de pardonner, de me pardonner de mal aimer.
Je termine cette réflexion par ces mots de soeur Emmanuelle, tirés de son Testament.
Amis ! J'ai cent ans et je voudrais vous dire : c'est passionnant de vivre en aimant !

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