Année A : dimanche de la 29e semaine ORDINAIRE (Litao29d.26)
Mt 22, 15-21 : Une civilisation « nouvelle ».
Piégé par une question compromettante, Jésus prophétise l’un des grands défis de notre foi. De vivre dans le monde en le voyant du même regard que Lui et en vivant à sa manière jamais très éloignée de son Père et sans pour autant réduire la qualité de sa proximité avec les sans-logis matériels et spirituels. Quand on reconnait, disent les envoyés d’Hérode, que Jésus ne se laisse influencer par personne et qu’il enseigne la vérité, sa déclaration est une révélation que rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui lui revient est un besoin humain ineffaçable. Elle exprime une inviolable vérité.
Jésus ouvre un champ inédit de l’agir chrétien. Sa réponse est une mission. Soyez humain comme moi, respectueux de la société humaine et de celle de Dieu. Il déclare la fin de l’oppression, de la domination de l’un sur l’autre. Il ne s’agit pas de choisir entre Dieu et César, le spirituel ou le temporel comme nous l’entendons habituellement. Non pas César ou Dieu, mais l’un et l’autre, chacun à son niveau, respec-tueux de l’un et de l’autre.
En appelant la fin d’une société théocratique, celle de son temps qui exerce un pouvoir dictatorial il sème une graine d’espérance de voir se construire une terre fraternelle qu’il appelle son royaume qui n’est pas de ce monde, mais qui, paradoxalement, se réalise dans le monde, là où il n’y a plus ni juifs ni païens (Gal 3, 28), terre tellement humaine qu’elle est signe « sacrement » de la présence de Dieu.
Aux « César » de tous les temps, rendez et non donner suggère de ne pas éliminer les chercheurs d’une vie de foi et ajoute que les chercheurs de Dieu doivent respecter les « César » en autorité sans atténuer leur conviction de foi. Ce beau projet de vivre dans le respect de l’autre a conduit et conduit des croyants au martyr.
La logique de notre monde est celle du profit à tout prix et d’un mode de vie centré sur la consomma-tion. La logique de l’évangile est de bâtir une terre faite de justice, d’égalité et de fraternité, image qui annonce ce que sera la vie après la vie.
Alors que certains voudraient cantonner les chrétiens à se réfugier derrière des portes closes pour y pré-server croyances, rites et dogmes, Jésus invite les croyants à être là où ils sont des empreintes de son com-portement et de contribuer à la construction d’un monde plus humain. Non les ne retirer pas du monde, dit Jésus dans sa prière.
César cherche son effigie sur la monnaie, le projet inouï de l’Évangile est de voir l’empreinte de son image sur nos visages humains. L’effigie de Dieu n’est pas frappée sur l’or, mais sur le genre humain. La monnaie de César est l’or, celle de Dieu est l’humanité (Benoit XV1). Vous êtes, dit un chant liturgique images de Dieu.
Questions : les gens voient-ils l’empreinte de Dieu dans nos comportements ou voient-ils celle de César ? Nos comportements cachent-ils une religion du maquillage, de l’apparence, du faire semblant ? Voyons-nous dans la réplique de Jésus qu’il s’oppose à ce que des gens utilisent l’évangile pour faire valoir leurs idées ? Aujourd’hui, des gens se promènent avec le Bible sur les lèvres pour appuyer leur prospérité. Ils ne sont pas au service des plus abimés par la vie.
En conclusion : la vie chrétienne ne se limite pas à payer ses impôts, mais à adopter le plus authentique-ment possible l’attitude de Jésus. Malheureux ceux qui paient leurs impôts, mais passent à côté de l’amour (Lc 11, 44). Malheur à vous docteurs de la loi qui ne respectent pas ce qui appartient à Dieu et à vous chercheurs de Dieu qui vivez comme si la société n’avait aucun droit d’exister. Jésus est venu habiter notre monde pour que nous soyons habités par un autre monde.
AMEN.

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