Année A : dimanche de la 20e semaine ordinaire (litao20d.26)
Mt 15, 21-28 ; Miettes, un des beaux mots de l’évangile
À au moins deux reprises dans l’évangile, Jésus exprime clairement son admiration. C’est devant le centu-rion romain, un païen, jamais ne n’ai trouvé une telle foi en Israël (Mt 8, 10) et devant la Cananéenne, une étrangère à la foi. Femme, grande est ta foi, lui dit Jésus.
Ce qui a séduit Jésus c’est leur audace. L’un refuse à Jésus d’entrer chez lui, je n’en suis pas digne, l’autre le harcèle de ses cris Aie pitié de moi, Seigneur, Fils de David. Les deux ne connaissent Jésus que par sa re-nommée et ils appellent à l’aide. Ils sont des « étrangers ». Rien ne les rapprochait de Jésus, mais la com-munication passait.
Je résume l’itinéraire de ces deux païens, non membres de la religion officielle et omniprésente dans tous les secteurs de la vie par l’histoire de deux grenouilles.
Deux grenouilles tombent dans un seau de crème fraîche. L’une et l’autre s’efforcent de s’agripper aux pa-rois, pour se hisser jusqu’au haut du seau. Mais chaque fois, elles retombent. Finalement de guerre lasse, l’une d’elles avoue « j’abandonne », elle se noie.
L’autre estimant qu’elle n’a rien à perdre, continue à pédaler dans la crème, tant et si bien que la crème se change en beurre. La grenouille se cramponne à son radeau de sauvetage et réussit à sauter sur la terre ferme. Elle n’a pas capitulé. Voilà ce qu’est la foi. Ne pas capituler, c’est le seul moyen pour atteindre Dieu (Jean de la Croix). Résister à l’engourdissement.
Malgré la réaction déconcertante de Jésus, cette Cananéenne, à l’image de la grenouille, ne renonce pas. Cette femme a tout faux : elle est étrangère, athée, sa fille est possédée par un démon et en plus elle voci-fère, poursuit Jésus de ses cries qui déplaisent aux disciples. C’en est trop. Sa foi, sa modestie, sa persévé-rance sont, comme dirait le Pape François, des caresses qui émeuvent Jésus, et le convainquent d’exaucer sa demande.
Cette femme ne veut que des miettes de la miséricorde. Des miettes d’attention de la part de Jésus. Des miettes, n’est-ce pas le plus beau mot de l’évangile. Il cache un trésor, une perle rare. Si vous aviez la foi comme un grain de sénevé (Lc 17, 6). Avec un peu de pain, presque des miettes de pain, Jésus nourrit une grande foule. Dans les petites miettes se voit l’avenir du christianime.
Toute notre vie se déroule à partir des miettes. La générosité de Dieu est infinie, nous ne pouvons en goû-ter et en comprendre que des miettes qui suffisent pour éviter l’engourdissement d’une vie et nous faire créatures nouvelles (Ga 3, 28).
Cet épisode nous montre aussi un Jésus qui dépasse les frontières de la religion. Sa grande humanité le pousse à rompre avec la tradition de son temps. Cette femme avait besoin d’aide. Qu’il est humain ce Jésus qui s’occupe des personnes plutôt que de respecter une législation qui favorise les « parfaits ». La question à se poser n’est pas de se demander si nous croyons ou pas, mais si nous savons reconnaître ceux qui cher-chent Dieu de ceux qui n’en vivent pas routine ou qui ne le cherchent pas.
Le risque est grand de nous réjouir du nombre croissant de baptisés, de produire de baptisés et non des chrétiens. On leur donne des sacrements sans évangéliser(Halik Tomas) , de leur apprendre de prière sans leur montrer à prier.
Au regard de Jésus, il n’y a pas de catholiques, de protestants, d’orthodoxes, d’athées, il n’y a que des hu-mains qui peinent à goûter aux miettes de sa présence. AMEN.

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