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Retraites

TOUT QUITTER POUR TOUT RECEVOIR

Le B-A BA de la vie chrétienne –nous l’avons vu dans la causerie précédente – n’est pas que nous ressusciterons mais que nous sommes déjà ressuscités. Que nous sommes déjà revêtus du vêtement du Ressuscité. Le mystère d’être habillé de Pâques se poursuit en nous. Celui qui écoute la Parole de Dieu est « passé de la mort à la vie » (Jn5, 24).

L’attrait de nous revêtir de la beauté de ce vêtement nuptial risque fort de disparaître s’il n’a pas pour fondation cette « pierre angulaire » « cette pierre d’angle » qui lui permettra d’affronter avec sérénité et confiance les tempêtes inhérentes à toute vie. Tous les projets, humains ou spirituels, réclament des fondations solides

LES RICHESSES DE LA PAUVRETÉ

Jésus est venu nous annoncer une bonne nouvelle. Mais cette « bonne nouvelle », en sommes-nous conscients, est à l’inverse des valeurs de notre société. Nous sommes tellement attachés à ces « valeurs » (je les place entre guillemets) que de nous en détacher est tout un défit. Nous sommes attachés à des valeurs qui, aux yeux de l’Évangile, sont sans valeur pour le Royaume. Ainsi nos yeux humains voient tout naturellement la richesse comme un bien, la pauvreté comme un « mal », du « moins bien ». Des yeux évangéliques perçoivent que c’est le contraire qui nous situe dans la vérité. La pauvreté est un bien et la richesse du « moins bien ».

REVÊTIR JÉSUS OU ÉCHANGE DE NOS VÊTEMENTS.

Le baptême est le sacrement de la transformation de nos vies en celle de Jésus. « En effet, vous tous que le baptême a unis au Christ, vous avez revêtu le Christ » (Gal 3, 27). « Revêtir le Christ ». Sur ce terrain, nos « ondes » affrontent de violentes tempêtes. Je note rapidement que dans Ep6, 10 et 17 Paul parle de revêtir l’armure du Christ et au v. 17 d’ « être revêtu de l’armure du Christ ». Celui qui vit « dans la dépendance du Christ » comme l’exprime la règle du Carmel doit lutter pour s’appliquer à revêtir le Christ et en même temps à être revêtu par le Christ.

CE QUI SE PASSE QUAND NOUS FAISONS EUCHARISTIE

Pour imager ce qu’il faut comprendre, pour exprimer autrement cette transformation de nos vies en celle de Dieu, j’utilise une image qui remonte au 1Ve siècle: « Si quelqu’un réunit les flammes de deux cierges, il verra l’une complètement passée en l’autre » (St Cyrille d’Alexandrie + 444)

Ce que cette image nous fait voir, c’est qu’en unissant deux entités de même nature, nous en formons une 3ième. Pour le dire autrement si 1 +1 = 2, cette image des deux cierges nous permet de conclure que 1+1 = 3. Une flamme s’unit à une autre et vice versa et cela donne une « autre flamme » unifiée.

DIEU A FAIM DE NOUS

Pour la plupart d’entre nous, l’eucharistie est née au soir du Jeudi saint. Ce qui est né, ce soir-là, c’est l’actualisation de ce grand projet de Dieu de nous voir, de nous avoir à nouveau près de Lui autour de sa Table nuptiale. Ce rêve de Dieu de nous inviter à sa Table remonte à nos origines. Dès le début du monde, relate la genèse, Dieu a voulu créer une relation d’amitié avec nous. Celui qui est le commencement et la fin de toute chose est aussi le Dieu qui est venu dans notre humanité.

NOUS LAISSER CÉLÉBRER PAR DIEU

Je vous invitais, au début de ces journées de resourcement, d’aller «d’éblouissement en éblouissement» (S. Grégoire de Nysse) devant ce grand mystère de foi. Premier « éblouissement » : Dieu a « daigné » se laisser nourrir par notre présence. Pour plusieurs, ce fut une « découverte » stupéfiante : la stupeur de saisir que nous pouvons empêcher Dieu de mourir de faim, que nous pouvons – nous humains- nourrir la faim de Dieu. Découvrir qu’en recevant l’eucharistie, nous lui évitons de mourir de faim. Il est stupéfiant d’affirmer que Jésus est mort parce que nous avons refusé toute l’attention divine, toute la délicatesse trinitaire qu’il nous apportait.

CRESCENDO D'UNE FÊTE

Dans toute fête ou rassemblement, il y a un mouvement « crescendo » qui aboutit à un summum. L’entrée d’un chef politique est longuement préparée par des « bâtisseurs » de foule. Dans une noce, tout est centré sur l’entrée de la mariée. Quand Dieu nous célèbre, il a le souci de nous amener lentement au sommet de la fête. C’est ce que nous appelons le rituel : accueil, Seigneur, aie pitié de nous, la Parole de Dieu, la consécration « Prenez et mangez » pour se terminer par un envoi « dehors » qui est « comme une grande école de paix » (Jean-Paul II, lette annonçant l’année eucharistique, Mane nobiscum domine).

VIVRE COMME JÉSUS

Un culte qui ne transforme pas notre vie n’est qu’hypocrisie. Une vie liturgique qui ne se prolonge pas par ce que saint Jean Chrysostome appelle le « sacrement du frère », n’est pas chrétienne, mais de la « religion païenne », de la religiosité. « Ce n’est pas celui qui dit: "Seigneur ! Seigneur!", mais celui qui fait la volonté de mon Père qui entrera dans le royaume de Dieu » (Mt 7, 21). Il ne s’agit pas de « faire mémoire », il s’agit d’être mémoire vivante du Christ. Il n’y a pas d’orthodoxie sans action droite, sans orthopraxie. Participer à l’eucharistie, c’est permettre à Dieu de créer entre nous le lien le plus profond qui soit, au niveau même de l’être.

QU'EST-CE QUE SERVIR ?

Pourquoi avons-nous été créés ? La réponse à cette question est toute prête chez les croyants. C’est celle du catéchisme de notre enfance. «Nous avons été créés pour Le connaître, L'aimer et Le servir». «Les croyants sont ceux qui servent le Seigneur en toutes choses» (Lumen gentium 49). «Dieu appelle l’homme à Le servir en esprit et en vérité» (Dignitatis Humanae 11).

Connaître, aimer, servir, telle est notre unique raison d'être. «Le moi égoïste qui s'interpose nous fait oublier cela» écrit dans son journal spirituel Jeanne Schymitz-Rouly (Page 80). Saint Ignace ouvre les exercices spirituels en proposant comme première réflexion que «l’homme a été créé pour louer, respecter et servir Dieu Notre Seigneur» (# 23). «Servir, c'est la vie de l'homme sur la terre» (Job VII, 1). Pour Gandhi, «servir est une religion» (Livre des sagesses p. 1543).

DIEU EST SERVICE

Il y a un temps où la Parole de Dieu devient un sujet de discussion, d’examen. Nous sommes ici pour autre chose. Nous sommes ici pour voir «la déité de Dieu, pas l’idée de la déité, mais la Déité ; pas l’idée de son Être mais l’Être même… pas par l’idée mais par la réalité» (Marie de la Trinité, Le Petit livre des grâces, Arfuyen, 2004, p.36s. Nous avons en nous une capacité infinie d’accueillir l’infini, de nous laisser immerger dans l’infini à la condition de laisser le Dieu «potier» nous travailler comme de l’argile (Jérémie 18,1-10). Nous avons en nous la capacité de voir la «perfection de Dieu, sa gloire, son ineffable béatitude» (ibid p. 37), jusqu’à nous laisser transformer à son «image et ressemblance».

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