Année A : dimanche de la 25e semaine ORDINAIRE (litao25d.26)
Mt 20, 1-10 – sauvé d’une mort annoncée.
Nous comprenons habituellement cette parabole des ouvriers recevant le même salaire au terme de leur journée de travail comme une décision plutôt injuste. Ce n’est pas le seul endroit où l’attitude de Jésus choque. Scandalise.
Songeons à ce fils qui quitte avec son magot puis mène une vie de débauche. Le magot épuisé, il re-tourne chez son père qui l’accueille à bras ouverts. On comprend la fureur du frère aîné (Lc 15, 11-32). Songeons à Zachée qui s’entend dire que Jésus veut demeurer chez lui (Lc 19, 1-10). Songeons à ce Sa-maritain qui pose un geste scandaleux en s’occupant d’un blessé de la route (Lc 10, 25-37). Songeons à la patience de Jésus à rejoindre le vrai Judas jusqu’à l’appeler mon ami (Mt 26, 30).
Lire la Bible sans tomber en extase devant ces merveilles de Dieu qui nous choquent, c’est passer à côté du mystère. Impossible de comprendre l’attitude de maître de la vigne en évacuant le mystère. C’est beaucoup plus qu’une simple question de justice. Jésus s’occupe de ceux et celles qui ne servent à rien. Il recherche pour sa Vigne, son royaume ceux qui ne servent à rien. Choquant pour ceux qui décident de le suivre. Vos chemins ne sont pas mes chemins (1re lecture). La mission de Jésus : rejoindre la précarité
Le regard du maître posé sur des chômeurs vers cinq heures est un regard qui leur donne de la dignité. Personne ne nous aime, disent les derniers appelés. Ceux et celles qui ne sont bons à rien, non ren-tables, inutilisables, sont des recherchés. C'est à la onzième heure que le larron est entré dans le Para-dis (Lc 23, 43). Personne ne l’avait embauché avant. Toute vie, celle des non embauchées, cache une dignité inviolable. Ces ouvriers sont- et c’est là une autre des plus grandes merveilles de Jésus - admis au même héritage et bénéficiant de la promesse de Jésus à son peuple (Ep 3,6). Jésus refuse toute échelle de valeurs.
Marie a chanté ce regard de Jésus sur elle. Il a fait [de moi] des merveilles. Paul le plus pharisien des pharisiens, le plus virulent opposé à Jésus, fut élevé jusqu’au 7e ciel tant il expérimente quelque chose d’indicible. D’inexprimable. Le maître s’intéresse à ceux et celles dont le poids du jour écrase. Il recon-naît en eux une ressource non négligeable.
Une question surgit en moi devant l’invitation de Jésus d’inviter des non dignes de travailler pour lui. Quelle humanité voulons-nous construire ? Quelle place réservons-nous à chaque personne qui risque d’être laissée de côté ?
Pour nous dire que nous érigeons beaucoup de murs, le pape Léon utilise l’image de la tour de Babel, du chacun pour soi. Notre œil est souvent mauvais. Il ne suffit pas d’avoir des yeux pour voir. Nous ne voyons pas que notre regard divise les gens entre bons et mauvais, entre de droite ou de gauche, entre tel ou tel parti politique, etc. Vous avez des yeux et vous ne voyez pas (Mc 8, 18).
Nous pouvons aussi choisir de bâtir une humanité magnifique que Léon X1V appelle à la suite d’Augustin, la cité de Dieu en protégeant la dignité de chaque personne et en portant une attention particulière aux non embauchés qui ont les visages d’étrangers en recherche d’une terre d’accueil, de jeunes en attente d’un futur meilleur, de sans-abris. C’est un impératif évangélique à l’heure de « à quoi bon penser », IA nous dictera tout. Solutionnera tout.
Ce qui attire mon attention dans cette parabole est un maître (Jésus) qui n’a rien à "vendre", ne cherche ni appréciation ni louange ni à justifier son geste. Une seule chose l’intéresse, redonner de la dignité en appelant à être avec lui. Jésus prend le parti des moins que rien. Quand tu organises un festin, invite les pauvres, les estropiés, les boiteux et les aveugles (Lc 14, 13). Quel retournement, quelle conversion de nos regards : allez à ma vigne, vous aussi. Jésus relève. Avance de nouveau au large, dit Jésus à Pierre découragé par une nuit à ne rien prendre.
Ces embauchés aujourd’hui sont des jeunes, des migrants qui portent Jésus dans leur cœur, tous ces amis de Jésus, du Jésus de la rue, de la périphérie, des évangélisateurs, des influenceurs, des priants que l’appel vers cinq heures sort de l’anonymat. Ces anonymes sont l’Église de la rue, dans la rue. Ils sont l’image de la « nouvelle » foi.
Ayons, dit Paul, un comportement digne de l’Évangile (Phi. 1, 27). Vivons dans le monde comme si nous étions dans le monde de Dieu et dans le monde de Dieu comme si nous étions dans le monde.

Ajouter un commentaire