2026-A- vendredi de la 3e semaine ORDINAIRE (litao03.26)
Mc 4, 26-34 : voir petit
Je commence par une affirmation pleine de gros bon sens. Reconnaître sa petitesse, c’est transmettre notre expérience de Dieu qui sera toujours petit. Les traces de Dieu dans l’histoire se reconnaissent que dans ce qui est petit, dans ce qui est humain. Le vrai changement vient du pouvoir des sans pouvoir, des sans voix. Le vrai changement vient de l’action des éléments faibles (Ghislain La-font). Nous ignorons la force des petites gens.
Aujourd’hui l’approbation, le pouvoir, la visibilité engendrent des comportements de guerre. Certains font même des dépressions en n’atteignant pas leur désir d’être loué, reconnu, demandé. L’éphémère de la gloire est très recherché. Ce qui change en profondeur l’histoire, ce n’est pas le pouvoir des puissants, ni celui des algorithmes qui contrôlent presque tout, mais le pouvoir des pe-tits. Malheur, dit François d’Assise, à ceux qui étalent leur action aux yeux du monde pour se faire valoir.
Nous n’avons qu’à observer le pouvoir des gens sans pouvoir après une tuerie comme récemment à Minneapolis pour en reconnaître leur force. Le bruit des puissants nous empêche d’écouter le murmure du grain de blé. À trop entendre le bruit des puissants, nous devenons sourds au bruit du fin silence (1 Roi 19, 1-8).
Nous gaspillons beaucoup de temps et d’énergie à courir après ce qui n’est qu’apparence. Nous sommes beaucoup distraits par la gloire de dominer les autres. Nous n’avons pas besoin de ces succédanés de bonheur, mais seulement de savoir que nous sommes des recherchés par Jésus. Cette force des sans pouvoir, cette semence qui grandit sans se faire remarquer, Jésus en a fait le pilier de son évangile, de sa bonne nouvelle. Ne vous faites pas appeler rabbin (Mt 23, 8). Jésus nous fait contempler son rêve d’une fraternité universelle. Égalitaire.
Jésus a semé dans les champs du monde une toute petite graine, cadeau pour la terre et capable de l’enrichir, sel de la terre, invisible, mais efficace. C’est la marque de l’Évangile qui ne se répand pas par le langage de la puissance, mais par le langage de la faiblesse. Ma force est d’être faible (2 Co 12, 9). Mais en sommes-nous convaincus ?
Jésus refuse de sacraliser la force comme signe de puissance pour privilégier une autre option, celle de la puissance transformatrice des sans voix, comme vient de le rappeler Léon XIV dans son dis-cours au corps diplomatique .
Les évangélistes n’essaient pas de nous émerveiller avec des effets spéciaux. Pour eux, la puissance de Jésus se trouve ailleurs que dans la promotion d’une culture de guerre comme arme de paix (Léon X1V). Ils racontent des itinéraires de personnes qui changent par leur petitesse le destin des peuples. Jean-Baptiste aurait pu « s’énerver » devant la renommée qu’il vivait. Il choisit de recon-naître sa petitesse devant un « inconnu » au milieu de la foule (Jn 1, 29-34). Il nous a légué son expérience de Dieu. En se faisant petit, il est devenu le plus grand des enfants des hommes, dit Jésus. Il est devenu lumière des nations (Is 49, 6). Le plus grand parmi vous sera votre serviteur (Mt 23, 11).
Nous avons tous en mémoire, pour ne citer qu’un exemple, Sœur Sibillotte décédée en 2017, qui avec ses 79 ans participa à la Marche du pain et des roses. Elle marcha plus de 200km en dix jours pour revendiquer plus de justice pour les femmes . Sa présence fut une semence d’espérance pour améliorer le sort des petites gens.
Cette parabole de la graine de moutarde n’est pas une condition à subir avec tristesse et nostalgie. Elle est un style choisi par Dieu lui-même. Avons-nous adopté de style ? Cette logique de la peti-tesse est la véritable force de l’Église ! (Homélie de Noël 2025 de Léon X1V).

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