Année A- Dimanche de la 2e semaine de Pâques
Jn 20, 19-31 : mystique de guerre ou de paix.
Je voudrais vous dire une seule chose : C’est quand il fait noir, quand on vit un véritable enfer, qu’on est abasourdis, blessés qu’on a besoin de paix. La paix soit avec vous ! (v. 19). C’est plus qu’une salutation de politesse, en leur offrant ce don de la paix, Jésus ressuscite des disciples en état de mort.
C’est au moment où tout semble fini pour eux, au moment où tout semble sombrer, au mo-ment où ils touchent le fond, que Jésus leur offre sa paix. C’est quand on traverse l’enfer que la paix est bienfaisante. Y a-t-il plus beau souhait que d’ouvrir un avenir de paix ? C’est le but de toute vie (EG # 226-227). Quelque chose en nous est plus fort que toutes les destructions que nous observons.
N’arrêtons pas nos regards sur l’apparition de Jésus qui malgré des portes bien fermées vient relever « racheter » ses disciples, désormais sans mission, sans leader pour les guider. Portons notre attention sur le regard miséricordieux de Jésus. Aucune condamnation, aucun reproche. Le « nouveau » Jésus par sa présence s’efforce de rassurer des disciples troublés, angoissés, étouffés de remords. Par deux fois, il leur dit la paix soit avec vous.
Ce n’est pas une paix qui enlève les problèmes, les guerres, mais qui surgit d’une inébranlable foi. Pas une paix extérieure, mais la paix du cœur qui s’enracine en nous dans toute rencontre vraie avec Jésus qui continue à nous montrer ses plaies à travers les plaies du monde.
Ce qui est étonnant, m’étonne au plus haut point, c’est d’entendre Jésus envoyer ces disciples mal en point, porter cette paix aux autres. C’est cette mission qu’il veut pour les siens. Pour son Église. Moi aussi, je vous envoie (Jn 20, 21). Recevez [mon] Esprit de paix. Traduction : je vous envoie parce que je crois en vous. Parce que vous êtes précieux pour moi.
La paix de Jésus est une mission. Ce n’est pas la tranquillité, ce n’est pas le confort, c’est une sortie d’une vie pour soi. C’est annoncer, pour citer les premiers mots de pape Léon X1V, une paix désarmée et désarmante. Le monde demeure comme il l’a toujours été avec ses guerres, sa pauvreté, ses injustices sociales, ses crises, ses scandales politiques, etc. Mais au milieu de ce monde en feu, c’est la façon dont nous vivons qui annonce l’arrivée de Pâques. Nous sommes des gens en qui les autres peuvent voir une nouvelle vie.
Cette nouvelle vie se voit dans ces femmes venues pleurer au tombeau (Mt 28, 8-15) ; dans ces disciples d’Emmaüs (Lc 24, 13-35) qui doutaient de ce qu’on racontait sur lui ; dans ce retour des pêcheurs abattus qui revenaient sans rien prendre (Jn 21, 1-14) ; à travers Thomas qui dou-tait de la joie de ses compagnons.
Ouvrons les yeux, la bonne nouvelle c’est le Seigneur qui se voit partout. Tous sans exception sommes cette bonne nouvelle. Tous nous faisons Pâques quand nous menons une vie nouvelle, quand nous pardonnons, que nous sommes des bâtisseurs de fraternité. Vivons Pâques, traver-sons comme Thomas nos incrédulités qui n’auront jamais le dernier mot.
La bonne nouvelle à entendre de Thomas est que personne n’est mauvais, personne n’est inu-tile. Aucun douteux, aucun athée n’est exclu de cette mission pascale. Nos incrédulités n’auront jamais le dernier mot. C’est lui, le Christ, qui est notre paix (Ep 2, 14) et sa paix est toujours vic-torieuse. Alors qu’autour de nous se développe une mystique de la violence (rendre le mal pour le mal), il est urgent que nous, chrétiens, développions une mystique de la paix. Amen

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