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2019-C- Mt 9,9-13 - Matthieu, apôtre- qui suit qui ?

 Année C : samedi de la 24e semaine ordinaire (litco24s.19)  

Mt 9, 9-13 ; Ep 4,1-7.11-13 : fête de saint Matthieu ; qui  suit qui ?

  Suis-moi. Cette demande s’adresse à chacun de nous. La demande de Jésus ne s’appuie pas sur nos qualités, sur notre dignité. Avec quelqu’un qui se sait meilleur que les autres, Jésus ne peut pas faire grand-chose. Il ne peut pas accomplir des prodiges en lui. Jésus n’est pas attiré par nos talents. Il cherche des personnes qui ne se suffisent pas à elles-mêmes, qui sont transparentes de fragilité et qui ressentent un besoin d’être accompagné dans leur vie. Cet appel à Lévi fait résonner en moi une question, rarement posée : qui suit qui ?  Est-ce moi qui suis Jésus ou est-ce Jésus qui me suit ?

Spontanément, nous comprenons cette demande comme un appel à quitter nos barques et nos proches; en effet, Jésus, comme un gourou, nous fascine, nous séduit. Mais nous comprenons dans ce suis-moi que  Jésus est tellement séduit et fasciné par Lévi, qu’il lui offre de l’accompagner, de le suivre. Dans ce suis-moi, Jésus demande la permission à Lévi d’entrer dans sa vie, de prendre soin de lui, de marcher à ses côtés, d’être un bon coach ou thérapeute; ainsi, Jésus ne nous laisse pas tomber quand, sur la route, nous sommes laissés pour morts (cf. Lc 10, 25-37).

Nous pouvons affirmer que Jésus s’est adapté à Lévi plus que Lévi à lui. Cette adaptation  l’a motivé à se lever et à suivre Jésus. Comme l’exprime le pape dans son message pour la troisième journée des pauvres, Jésus est, pour Lévi, celui qui écoute, intervient, protège, défend, rachète, sauve[1].

Allons plus loin. Jésus fait une demande d’agenouillement (cf. Jn 13). Comme tout thérapeute, Jésus accepte de  s’effacer pour donner à Lévi la première place dans ses préoccupations. Jésus ne cherche pas à accompagner des photocopies de ce qu’il est. Nous sommes tous des copyrights, avec tous droits réservés ![2]

En appelant Lévi, Jésus s’engage à l‘accompagner, à ne pas  renier son originalité, à s’adapter à lui. Il se rend disponible en tout temps, se met à son écoute, à son service, quoiqu’il advienne.  Nous portons rarement attention à cette fascination de Jésus sur quelqu’un pourtant mal aimé, rejeté, détesté, un mafieux. 

L’appel de Jésus ne repose pas sur ce qu’est Lévi.  Son regard ne s’arrête pas  sur son passé. Jésus lui demande: veux-tu que je marche avec toi, que je t’accompagne dans tes fragilités ? Il lui demande la permission d’être son ami. Lévi traduit cette demande: suis-moi par lève-toi, va vers toi.  L’appel de Jésus a été reçu par Lévi comme un appel à entrer en lui-même, à s’accepter tel qu’il est au plus intime de lui-même, a reconnaître qu’il est plus que ce que les autres pensent de lui, plus que ce que lui pense de lui. Suis-moi. En accompagnant Lévi, Jésus lui propose d’aller plus haut, plus en profondeur, d’aller vers lui, pour rencontrer le je suis qui l’appelle.

À Lévi, Jésus ne pose pas comme condition de ne plus chuter. Tu sais tout, dira Pierre. Comme tout accompagnateur, il ne renie jamais sa parole. Il accepte de le suivre dans et avec ses fragilités. De l’aimer tel qu’il est en précisant qu’il ne sera pas surpris, frustré devant d’éventuels échecs.

Il est tellement étonné de ne plus être dévisagé comme un voleur, absolument renversé que Jésus l’accueille à sa suite comme publicain et pécheur (Mt 9, 10; Lc 15, 1), qu’instantanément il se leva et s’engagea sur le chemin du renouvellement en profondeur de son regard sur lui. Désormais, l’autre existe pour lui et pour la première fois dans sa vie, il peut éprouver ce qu’est l’amitié. Souvent, notre refus de suivre Jésus cache notre incapacité d’accepter nos fragilités, nos failles, que quelqu’un nous regarde avec les richesses enfouies en dedans de nous.

Et nous, ici. Nous nous attachons à Jésus parce que fascinés, séduits d’amour, parce qu’il n’est pas seulement généreux et prompt à partager  (1Tm 6,18), mais surtout parce qu’il donne généreusement. Pensons-y un peu. L’attitude de Jésus à nous accompagner motive notre engagement à le suivre. La certitude que Jésus ne nous laisse pas tomber, la conviction de sa compréhension malgré nos culbutes ou désengagements, l’assurance qu’il ne nous fera aucun reproche devant nos déviations ou faiblesses humaines, son respect de nos lenteurs à demeurer avec lui, nous encouragent à travailler à  sa vigne (cf. Mt 20, 4).

Jésus nous demande à nouveau : si tu veux me suivre avec tes fragilités, moi je serai toujours avec toi comme je le suis avec le Père. Ce qui compte pour Jésus n’est pas ce que nous avons été, mais ce que nous voulons être pour lui aujourd’hui (cf. Ez 33, 10-20). Appliquons à Jésus ce que disait Paul tantôt : en toute humilité, douceur et  patience [Jésus] nous supporte avec charité […] chacun de nous a reçu sa part de la faveur divine. AMEN.

 

Autres réflexions sur ce même passage de Matthieu :

https://www.diocesevalleyfield.org/fr/a-lire-pour-vivre/2011-mtt-9-9-13-mercredi-25e-semaine-ordinaire-choisir-des-magouilleurs-cest

 

https://www.diocesevalleyfield.org/fr/a-lire-pour-vivre/2009-b-mtt-9-9-13-lundi-25e-semaine-ordinaire-appel-de-matthieu

 

https://www.diocesevalleyfield.org/fr/a-lire-pour-vivre/2007-c-mtt-9-9-13-vendredi-24e-semaine-ordinaire-matthieu-evangeliste

 

https://www.diocesevalleyfield.org/fr/a-lire-pour-vivre/2001-c-mtt-9-9-13-vendredi-24e-semaine-ordinaire-matthieu-evangeliste

 

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Pérode: 
Date: 
octobre, 2019

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