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2019-C-Mt 5, 43-48 -samedi 1ière semaine carême- unifier le divin et l'humain

Année C : samedi de la 1re semaine du carême (litcc01s.19)
Mt 5, 43-48 : unifier l’humain et le divin
 
Frère, tu aimes tes ennemis de telle façon que nul ne discerne quelle différence il y a pour toi entre eux et tes amis. Ces mots sont d’un saint évêque du IVe siècle, Zénon de Vérone. Dit autrement : que personne ne distingue une différence en nous entre aimer Dieu et aimer nos ennemis, nos opposants. Dieu, par sa demande d’aimer nos ennemis, a unifié en nous l’humain et le divin. La nature humaine, écrivait le vénérable Giorgio La Pira, député italien puis maire de Florence, est violemment divisée de la nature divine. Voilà le projet de notre carême qui nous est présenté aujourd’hui.
 
Pour unifier en nous l’humain et le divin, l’évangile nous propose un chemin, celui d’agir sans nous aigrir, sans nous enfermer dans d’interminables oppositions, sans nous épuiser par d’inutiles querelles pour éviter que le sang de tous les êtres humains soit préservé de l’holocauste (Fraternité humaine, février 2019) .
 
Étienne Binet (1569-1639) visait juste quand il écrivait que jamais vous ne savez mieux l’état de votre vie que par la bouche de votre ennemi. Vous connaissez bien la réponse de François d’Assise quand on lui demandait pour-quoi Dieu permettait que dans toutes les familles les plus saintes, il y eût un malin esprit qui envenimait l’environnement : c’est parce que, dit-il, les bons sans les méchants ne sauraient être bons.
 
Sur la montagne, Jésus présente un Dieu méconnaissable. Un Dieu rompant avec la paralysie de la normalité1. Le fils de Joseph brasse bien des cartes et chacune de ses prises de parole soulève beaucoup de colère. Ce qui frappe l’historien, c’est que son message, aimer ses ennemis, fut annoncé dans un monde en proie à une violence ex-trême. À ce monde, Jésus donne un message inattendu : l’arrivée de la miséricorde qui s’appuie sur trois piliers : aimer, dire du bien, prier. Il présente un projet de bonne nouvelle : celui qui te contrarie, te méprise, te diffame, au lieu de le diaboliser, aime-le, fais-lui du bien, prie pour lui. Il trace les lignes d’une véritable fraternité humaine.
 
Jésus n’invente rien. Ce n’est pas une révolution copernicienne. Avant lui, des païens comme Hérodote, Confucius, Sénèque prônaient la solidarité humaine. Pour eux, l’être humain avait un fond de bonté plutôt que de violence. Avant lui, le livre des Proverbes affirmait : ne te réjouis pas de la chute de ton ennemi (24,17). Si ton ennemi a faim, donne-lui à manger; s’il a soif, donne-lui à boire (25, 21). Le Lévitique demande ceci : N’aie aucune pensée de haine contre ton frère [...]; ne te venge pas, et ne sois pas rancunier […]; tu aimeras ton prochain comme toi-même (Lv 19, 17-18 ; 25, 35-36). La lecture parle d’une nouvelle relation avec les autres.
 
Jésus propose une gestion des conflits. Plutôt que de déclarer la guerre, il suggère de déborder de compassion et de compréhension envers ceux avec qui nous avons moins d’affinité, qui nous contrarient, nous jalousent, nous calomnient. Sa règle de gestion s’appuie sur le gros bon sens : ce que vous voulez que les autres fassent pour vous, faites-le aussi pour eux (Lc 6, 31).
 
Jésus exhorte à être des protagonistes du bien. Dans le bien. La question d’un enfant monte en moi : maman est-ce qu’un super méchant peut devenir gentil ? Quand on est blessé, peut-on devenir bon ? Nous sommes tous coupables du bien que nous ne faisons pas. Dieu […] n’a pas créé les hommes pour être tués ou pour s’affronter entre eux, et non plus pour être torturés ou humiliés dans leurs vies et dans leurs existences. Éviter la rancoeur, se résigner, cesser de dire du mal des autres, combattre notre premier ennemi qu’est l’individualisme, les païens en font autant; Jésus lance un projet de chartre de non-violence qui trace les premiers jalons des droits de la per-sonne.
 
Devant ce discours d’une grande clarté sur la fraternité humaine, nous sommes tous des imparfaits. Cet appel à unifier en nous l’humain et le divin nous fait réaliser que nous sommes tous des corrompus (Pape François) quand nous fermons la porte de nos coeurs aux autres. Personne ne réussit parfaitement ce chemin de résolution des conflits. Personne ne réussit à vivre pleinement le saint évangile.
 
Je termine par ces mots très forts de l’épitre aux Hébreux où l’auteur exprime que nous ne devons pas nous rési-gner devant nos ennemis parce que Dieu ne veut pas [les mener] sans nous à la perfection (He 11, 40). AMEN.
1 Homélie de la XXIIème Journée mondiale de la vie consacrée, 2 février 2018 .
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Date: 
mars, 2019

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