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2015-B-Mt 6, 7-15- mardi 1iere semaine carême- Dites Père

Année B: Mardi 1ere semaine carême (litbc01m.15)

Matthieu 6, 7-15 : dites Père…

À l'heure où nous vivons entourés de gens habités par ce vide abyssale dont parle le film documentaire L'heureux naufrage du réalisateur Guillaume Tremblay, le carême entend éveiller en nous le désir de retrouver le Seigneur comme nous venons de le prier dans l'oraison d'ouverture. Notre avenir, comme humain, repose sur deux piliers : celui de nous donner une vie intérieure profonde et celui de développer un élan vers les gens (pape François), la passion de l'autre. Le message du carême appelle à sortir de nos Ipads et tablettes, à refuser le chemin de la mondialisation, de l'indifférence.      

Pour revenir au Seigneur, pour éviter notre enfoncement dans une spiritualité mièvre, sans Dieu, le carême est d'une nécessité vitale. Bien vécu, il attise en nous ce feu dévorant de vivre tournés vers le Père, comme le tournesol est tourné vers le soleil. Il est un chemin pour faire émerger de nos profondeurs notre identité profonde, celle d'être fils de Dieu. Pour nous y aider, Jésus nous offre sa manière de prier. Dites Père.

Un psaume (Ps 26) clame : Je ne demande qu'une chose au Seigneur. Je ne désire qu'une chose : connaître le Père. Habiter sa maison. Rester avec Lui (Mc 3, 14). Jésus n'a jamais demandé de prononcer une quantité de mots quand nous prions. Il nous suggère seulement de nous tourner vers le Père dans tous les événements, grands ou petits, de nos journées. Quand les mots s'arrêtent, que les pensées sont de trop, alors nous éprouvons une sorte de plénitude qui surgit de nos profondeurs. C'est là où nous conduit la prière que Jésus nous a enseignée.

On ne finira jamais de faire le tour de la jeunesse toujours fulgurante, presque révolutionnaire de cette prière. Jamais auparavant, un Maître avait osé inviter ses disciples à entrer dans son intimité. Si nous la récitons bien, dit Thérèse d'Avila (Chemin de perfection, #41), elle sera une voie royale qui élève à la contemplation parfaite. Saint Augustin l'expérimente comme une prière parfaite qui contient tout ce que nous désirons, l'amour du Père et l'amour des autres (Sermon 56). Par cette prière, sa prière, Jésus, dit un autre grand priant, Guillaume de Saint Thierry, trace une voie royale jusqu'au ciel [...] qui [la] trouve [...] vend tout ce qu'il possède afin de la posséder avec un droit de possession héréditaire

Invitation nous est faite, ce matin, à ne pas rabâcher ces mots. Si nous entrons non seulement dans l'écorce des mots mais dans la saveur de l'expérience (Guigues le Chartreux), cette prière fait surgir ce que nous sommes : des voyants du Père. Jésus s'est dépouillé lui-même (Phi 2, 6-7), est sorti du Père pour nous montrer le Père. Si nous ne nous mettons pas en chemin, nous ne pourrons jamais connaître le visage de Dieu (homélie, 10 fév. 15).

Quelqu'un exprimait jadis que la beauté sauvera le monde. Cette prière nous montre, et c'est très beau, plus que beau, une histoire de beauté d'amour entre Dieu et nous. Dans sa prière, Jésus nous montre la beauté du cœur de son Père et nous fait voir notre beauté si nous la partageons, la prions dans l'Esprit de Jésus. Cette prière nous fait missionnaires de l'amour envers le Père, missionnaires de sa tendresse et de sa miséricorde envers les autres. Un chrétien qui ne se nourrit pas quotidiennement de cette prière perd de son lustre.

Cette beauté nous la caricaturons quand nous prions sans vraiment rencontrer le Père. Sans vivre en vrai fils du Père.  Qu'il serait beau ce carême si à son terme, ne serait-ce qu'une seule personne puisse dire : ça m'a fait du bien de vraiment rencontrer un chrétien. L'une des maladies chrétiennes répandues s'est de rencontrer un chrétien dont la prière n'est que pur maquillage, tout replié sur lui-même et qui dégage une face de piment de vinaigre (Pape François).

Dites Père. C'est un engagement à vivre comme Jésus. Ça nous fait chrétien. Des voyants du Père et vivants d’une double solidarité : solidarité avec le Père et solidarité avec le monde. Dans son livre Le souffle de vie, l'auteur Guy Aurenche (Éd. Albin Michel, 2011) affirme qu'il est peu important de savoir où demeure Dieu, sur terre ou au ciel. Ce qui importe, ce qui est premier, est de vivre comme Jésus dans une intimité imprenable et surtout indicible avec le Père et en solidarité avec ceux qui souffrent. Que cette eucharistie nous introduise dans la joie de cette double intimité. AMEN.

Évangile: 
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Date: 
février, 2015

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