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2014-A-Mtt 16, 13-19 - Chaire de saint Pierre - une Pierre...d'achoppement

Année A : Samedi, 6e semaine ordinaire (litao06s.14).

Matthieu 16, 13-19 : une Pierre...d'achoppement

C'est un beau jeu de mot en français : Pierre et pierre. Mais Jésus ne parlait pas cette langue. Matthieu (4, 18) écrit que Jésus vit Simon appelé Pierre. Il laisse entendre que c'était son surnom. Jean (1, 35-42), lui, écrit : Tu es Simon, le fils de Jean ; tu t'appelleras Képhas (ce qui veut dire pierre). Simon ou Pierre ? Ne croyons pas savoir tout de ce texte qui se termine par deux petites surprises : ce que tu auras lié sur terre. Je te donne les clés du Royaume, avant de l'avoir entendu !

Au delà de la sémantique, ce qu'il faut comprendre autant chez Jean que chez Matthieu c'est que la création de cette Église dont Pierre est le chef ne sera pas de tout repos. Elle se heurtera à l'Ennemi, à celui qui met des pierres sur notre route pour nous faire tomber. Elle rencontrera au quotidien le diable, mot souvent repris par François.

Ce que dis ce jeu de mot, c'est que tous les adeptes de cette Église naissante seront invités à passer par la porte étroite que François, dans son message du carême, appelle la richesse du dénuement, de la pauvreté pour accéder au Royaume dont le même Pierre, à la fois fragile et traitre, a les clés. Et quelle finale à ne pas oublier : et les portes du Shéol, dit la bible de Jérusalem, la puissance de la mort, écrit la traduction liturgique, ne l'emporteront pas sur elle.  Autant les tribunaux de Paul, comme celui qui a condamné Étienne à la lapidation (Aa 7,54-58), autant les portes du Shéol, la puissance de la mort, dont parle Jésus à Pierre, n'ont pas empêché l'Église de croître au fil des siècles !

Aujourd'hui, en ces temps où les signes de dénuement nourrissent nos conversations, il faut à nouveau, et cela ne doit jamais être oublié, entendre cette parole énergisante qui nous redit que rien ne l'emporteront sur elle. Aucune situation d'hostilité, voire de persécution qui sont réelles, aucune diminution sacerdotale ou désengagement laïque, aucun scandale ne sauraient détruire, annihiler ce que nous sommes : Pierre et pierre.  Nous sommes de la fragilité de Pierre, mais portons en nous la solidité des pierres qu'aucune force ne saurait détruire. Christian de Chergé disait d'expérience qu'il était Pierre et pierre quand il affirmait: Je suis maison de prière, mais je suis aussi caverne de voleurs.   

La vraie désolation, le vrai scandale de l'Église, pour utiliser l'expression de François, surgit quand nous perdons ce lien vital entre Jésus et nous. Quand sa Parole n'est plus contemplée. Alors nos maisons de prière deviennent des terres desséchées (Ps 143, 6). Stériles. En ce jour de fête pour notre Église, en ce jour où, à Rome, de grands questionnements sont portés par le G8 dont s'est entouré François, en ce jour de consistoire, il nous faut utiliser la même pédagogie de ce pape et nous poser ces petites questions anodines mais qui finissent pour nous «entrer dedans».

Notre lien avec la Parole entendue ce matin est-il un lien lointain ? Familier ? Notre terre intérieure est-elle comme une terre desséchée ? La Parole de Dieu que nous écoutons chaque matin, entre-t-elle en nos cœurs ? François redit souvent que le cœur est fermé à cette Parole. Que de fois les prophètes ont dénoncé un culte purement extérieur : Je hais vos solennités et vos cantiques (cf. Am 5, 21-25). Zachée, dit Jésus, descends vite, je veux habiter chez toi.

Nous émerveiller de cette force mystérieuse qui pousse Pierre à s'exprimer comme aucun humain n'aurait osé le faire. Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant ! Toute l'éducation de Simon, toutes ses observances le détournait spontanément de cette déclaration. Nous laisser bouleverser aussi par la réaction presque viscérale de Jésus qui entendant dans la voix de Simon une copie presque conforme à celle de son Père au sortir des eaux de son baptême, tu es mon fils bien-aimé, lui répond : Simon, fils de Yonas : ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux.

Je termine par ces mots de saint Césaire d'Arles, évêque et grand priant du  Ve siècle: nous célébrons aujourd'hui dans l'allégresse, l'anniversaire de l'Église. Mais c'est nous-mêmes que nous célébrons. AMEN.

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Date: 
février, 2014

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