Année A : vendredi de la 3e semaine du carême (litac03v.26)
Mc 12, 28,34- aimer avec l’amour de Jésus.
Jésus annonce la fin du cinéma de faire semblant d’aimer. Qu’est-ce qui peut bien déranger Jésus pour annoncer avec autant de clarté la fin d’un amour de façade ? Je risque une réponse. Qui peut comprendre ce qu’est aimé ? Qui donc est assez sage pour comprendre ces choses, assez péné-trant pour les saisir (Os 14, 10) ?
Il s’agit plus que de demeurer dans l’amour. Il s’agit d’aimer avec le même amour de Jésus pour nous. Aimez-vous comme je vous ai aimé (Jn 13, 34). C’est le commencement de la fin d’une manière humaine d’aimer en se priorisant d’abord. Ce qui ne signifie pas de se mésestimer. Jésus prône l’arrivée d’une ère nouvelle, celle de l’existence de l’autre. Sur la croix, il nous a donné son amour, sa manière de vivre. Pouvez-vous boire la coupe que je vais boire (Mt 20, 22) ? Rien de moins.
Jésus ne veut pas qu’on le copie, qu’on copie son amour. Le suivre, c’est vivre comme Lui. Véri-table révolution que de renoncer à ses propres intérêts, que de privilégier Dieu en toutes choses, précise Saint Ignace. Dans sa prière d’offrande qui ressemble à l’évangile de Marc que nous venons d’entendre, saint Ignace écrit : prenez, Seigneur, et recevez toute ma liberté, ma mémoire, mon intelligence et toute ma volonté ; tout ce que j’ai et possède. Vous me l’avez donné ; à Vous, Seigneur, je le rends. Tout est à Vous.
Jésus ne nous veut pas non plus des photocopies. Il nous appelle à aimer avec le même amour qu’il a pour nous. Il nous a aimé pour vrai (Élisabeth de la Trinité) de tout son cœur, de toute son âme, de toute sa force (Mc 12,30). Je les guérirai de leur infidélité, je les aimerai d’un amour gratuit, ma colère s’est détournée d’Israël (Os 14, 5). Cet amour se manifeste clairement au soir du jeudi saint quand se levant de table, il lave les pieds de ses disciples (Jn 13, 8).
L’amour vrai comme Jésus nous détourne de la recherche de nos propres intérêts et nous fait re-garder ailleurs. C’est le fameux les autres comme vous-même. C’est pure folie. C’est la folie de Pâques qui vient. Sommes-nous prêts à boire à cette coupe, à avoir soif, comme l’exprime Osée, le prophète de l’amour mal aimé, de revenir au Seigneur ton Dieu car tu t’es effondré. Reviens au Sei-gneur (Os 10, 2) ?
Aimer comme Jésus ne sera jamais quelque chose à faire. C’est une invitation à entrer dans la salle de noce. Nous avons beaucoup d’autres choses à faire, dit une parabole, que d’accepter cette invitation (Mt 22,1-10). Cette coupe est trop dure (Lc 22,42). Nous tenir des éveillés est épuisant. Nous avons besoin d'un peu de repos, de prendre une distance pour un peu de temps de sa Parole. C’est rassurant, jamais Jésus ne se fâchera de nos échecs, de nos résolutions du carême abandon-nées en route.
Demain l’évangile nous présentera deux hommes au temple en prière (Lc 18, 1-14). Sommes-nous de ceux qui se vantent d’être chrétiens de ne pas être comme les autres ou de ceux qui se frappent la poitrine reconnaissant que ce comme nous blesse, mais qu’il nous soignera, qu’il nous relèvera le troisième jour (Os 6, 1, lecture de demain)
Je termine en précisant que cet appel à aimer comme Jésus n’est pas réservé à quelques spécialistes, mais un appel adressé à tous. Prenons le large, distançons-nous avec nos manières de comprendre ce qu’est aimé et nous deviendrons ces « influenceurs » qui contestent la logique de la réi-gnation et de l’indifférence. Proclamer, se répéter, cet appel ne suffit pas. Il faut en vivre par attraction. AMEN.

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