Année A : dimanche de la 4e semaine du Carême (litac04d.26)
Jn 9, 1-41 : Le Dieu de la noirceur.
Pour comprendre ce geste de Jésus de donner des yeux qui ne regardent pas comme les hommes, mais qui regardent le cœur (Sm 16,7), il faut une conversion radicale de nos regards, une transformation en profondeur de nos sensibilités. Nous moralisons beaucoup. Qui a péché, lui ou ses parents, demandèrent les disciples à Jésus. Si le péché sépare de Dieu selon les spécialistes de la religion, Jésus par son geste atteste qu’il se cache justement là où on ne l’attend pas, dans les profondeurs les plus obscures de notre cœur !
En présentant l’exemple de l’aveugle-né, Jésus déconnecte nos regards du noir. Comment ? Va te laver à la piscine de Siloé. Si ton œil est malade (ne broie que du noir) ton corps tout entier sera ténébreux (Mt 6, 23). En remettant un cierge allumé au nouveau baptisé, le célébrant lui demande de connecter sa vie sur la lumière. Reçois cette lumière, qu’elle te permette de découvrir la beauté de toutes choses, qu’elle te donne espérance au milieu des difficultés que tu connaîtras. Rappelle-toi toujours que tu es entré dans un monde tourné vers l’avenir.
La remise du cierge allumé est un appel à vivre en fils de lumière (Ep 5, 8), à ne pas demeurer river sur nos fautes. Si vous le voulez, dit un Père de l’Église (Pambo), vous pouvez devenir toute flamme. Créature nouvelle (2 Co 5, 17). Quand nous exposons nos yeux à la lumière (du Christ) (à la beauté du Christ), dit Paul, ils se trans-forment en lumière (Ep 5, 14). Nous ne pouvons pas voir la beauté sans devenir beauté ni assister indifférent à un coucher de soleil. La beauté transforme. La lumière transforme. Nos regards d’argile (2 Co 4,7) peuvent devenir buisson ardent qui permet à Dieu de se manifester (A. Gesché). Que c’est beau !
Que la lumière soit. Ce fut la première parole créatrice inaugurant la création. De nuit il n’y en aura plus, ce sont les dernières paroles de l’Apocalypse (22, 5). La lumière a un visage : Jésus. Alors ta lumière jaillira comme l'aurore, et ta plaie sera vite guérie. La lumière se lèvera pour toi dans tes ténèbres, et l'obscurité deviendra pour toi comme le midi [Is. 58,10]. Il n’a pas suffi à l’aveugle de voir Jésus, en le reconnaissant, il est tellement devenu lumière qu’il ébranle les tenants officiels de la foi. Tu nous fais la leçon, toi qui es tout entier dans le péché.
La manière d’agir de Jésus m’impressionne. Elle reprend celle adoptée au puits de Jacob. Jésus ne cache pas son identité. Il la révèle progressivement en refaisant d’abord sur les yeux de l’aveugle le geste du potier qui nous a faits (Is 64,7) au début du monde. Il lui offre ensuite une lumière qui dépasse le visible, la boue. Il réveille son regard en dormance et l’ouvre à un changement de sensibilité. Il ne considère pas son apparence ni sa taille. Voilà la vraie conversion.
Jésus recentre le regard de l’aveugle sur l’essentiel. Il part de ce qu’il voit pour l’amener à voir celui qui te parle. Il convertit son regard. Se convertir, c’est plus que de corriger des petits détails de nos vies. C’est une transformation de nos sensibilités en devenant sensible à autre chose que le visible. Jésus convertit le regard de l’aveugle et il se fait voir comme l’icône du Dieu invisible (Col 1,15), tu le vois, il te parle. Le regard de l’aveugle devient pascal.
Dans ce passage de Jean, la joie circule. Celle de Jésus qui révèle son identité comme il l’a fait à la Samaritaine au puits de Jacob. C’est sa mission : créer la joie. Celle aussi de l’aveugle qui découvre, voit et reconnait celui qui le guérit. Tellement heureux qu’il s’empresse comme la Samaritaine de dire aux savants de la religion que si Jésus n’était pas Dieu, il ne pourrait pas ouvrir les yeux d’un aveugle de naissance.
Question : pour qui Jésus a-t-il posé ce geste ? Pour ses disciples. Pour nous. Nous connaissons Jésus, mais ne reconnaissons pas son ADN divin. Sur la montagne de la Transfiguration, au puits de Jacob, en présence de l’aveugle-né ou dans ce Père qui court vers son fils revenant de loin (Lc 15), nous connaissons la générosité de la compassion de Dieu pour nous (2 Cor 8, 9). Jésus ne s’impose pas comme les fonctionnaires de la religion. Il est crédible. Il ne laisse jamais le mal sans remède et refuse de laisser les ténèbres envahir et paralyser les cœurs.
Que je vois. Il y a beaucoup d’ombre dans nos regards. Nous sommes aveuglés par le mirage de la possession. Par la vengeance actuelle entre nations. Autrefois vous étiez ténèbres, maintenant vous êtes lumière. La lu-mière a pour fruit, bonté, justice. Si notre foi ne voit pas les grandes choses qu’elle produit en nous et autour de nous, c’est qu’elle est en dormance. Réveille-toi, ô toi qui dort. Amen.

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