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2018-C-Jn 15, 15-17- funérailles- un vie offrande

Homélie pour les funérailles de Camille Lemaire Cleassens

Jn 15, 15-17  une vie offrande

Il est déjà venu en prenant la condition humaine […]; il reviendra de nouveau pour nous rendre participants de sa divinité. Tel est la foi chrétienne que nous rappelle ce temps de l’avent. Camille ne s’est pas contentée d’entendre ces mots : Jésus est venu, il reviendra. Elle a bâti sa vie sur le roc de cette parole. Dans les mots du pape François, sa foi n’était pas seulement un beau maquillage. Elle transfigurait tous les moments de  sa vie, incluant les plus difficiles.

Il faut plus qu’entendre ces mots : Jésus est venu, il reviendra. Il faut plus que de savoir que Jésus s’est fait l’un de nous pour que nous devenions éternels, dira la préface de Noël. Il faut les laisser s’arrimer en nous, les laisser lentement prendre vie en nous. Ces mots transforment ce dernier rendez-vous avec Camille en jaillissement d’une grande joie.

La vie dont personne ne peut se donner s’ouvre sur un éden, dit le livre de la Genèse, elle se referme sur la Jérusalem céleste, cette cité sainte parée pour son époux (Ap 21, 6) conclut l’apocalypse. Du premier mot de la genèse au dernier de l’apocalypse, se dessine non une fin de vie, mais la fin d'un «moi» sur la terre, et le début d’un «moi» déployé.

Camille disait cela dans les notes qu’elle a laissées pour préparer cette célébration. Elle voyait sa mort comme un appel à sortir de soi, à dépasser ses certitudes, à libérer cet autre soi-même que personne ne connaît encore.  Mourir, dit-elle en citant Jean Debryenne, est le contraire de la possession, de la jalousie, de l’avoir et du coffre fort. C’est une brèche dans chaque existence, découvrant ainsi le passage de l’impossible

 Camille fut une femme de foi. Elle a entendu, non par ouï-dire, mais par le cœur, le Dieu de sa foi lui dire : Je vous appelle mes amis... C’est moi qui vous ai choisis pour que vous portiez du fruit. Le fruit dont nous goûtons maintenant est celui d’une vie offrande. La première lecture disait tantôt et quel beau fruit : aucun ne vit pour soi-même. Camille n’a pas vécu pour elle-même. Par choix, elle ne s’appartenait plus.

Pour elle, le mot «exister» devenait plein de sens quand elle n'existait plus pour elle-même. Elle aurait pu signer ce qu’écrit une mère de famille, Jeanne Schmitz-Rouly,  dans son journal spirituel découvert après sa mort: c’est quand je n’existe plus que j’existe. Elle entend maintenant le Dieu de sa foi lui dire, comme il l’a dit à son ami Lazare: Viens dehors. Viens vers moi.

Sa foi ne se réduisait pas à un système de pensée, à une philosophie ou idéologie. Elle refusait de se contenter d'un Dieu pensé, car lorsque la pensée disparaît, Dieu disparaît aussi (Maître Eckhart). Son Dieu était un Dieu concret, un Dieu relation, bonne entente. Elle n’était pas à moitié chrétienne.  J’ajoute pas à moitié sainte non plus. 

Comme Jésus, Camille fut une femme de relation. Femme de décision, d’organisation. Elle savait faire des choix qu’elle assumait. Elle ne perdait aucune occasion pour rassembler autour d’elle les siens de Belgique vivant au Québec. Sa présence dégageait une odeur de bonne entente.  Sa joie était de voir les siens autour d’elle, autour de sa table familiale. Pierre, ses enfants, étaient le centre et le cœur de sa vie. Utilisant une image biblique, elle était cette pierre angulaire sur qui reposait sa famille. Elle était un rocher, un roc, dit l'évangile, quand surgissaient les tempêtes. Elle savait construire des ponts et non des murs.

Emmanuel Levinas, l'un des grands penseurs de l'humain comme être de relation, pousse très loin notre rapport à l'autre quand il écrit que nos rapports interhumains […] constituent en quelque sorte l’acte liturgique suprême. Le premier acte religieux, le premier mode de toute pratique religieuse, de toute manifestation de foi, consiste à pratiquer un haut degré de relation mutuelle. C'est très fort. La vie de Camille fut un acte liturgique permanent.

Questionné sur le sens de la mort, un enfant en catéchèse donna cette réponse qui a réduit au silence toute la classe : la mort, c’est la vie que l’on donne après avoir tout donné. Le marxiste Roger Garaudy disait : si la mort n’existait pas, il nous serait impossible de choisir de faire le don de sa vie. Camille vient de nous donner le fruit qu’il lui restait à donner : sa vie. Elle vient de faire don de sa vie au Dieu de sa foi.

Avec vous, je rends grâce à Dieu pour la vie de cette femme. Un jour du temps, Dieu a mis Camille sur votre route. Sur la mienne. Maintenant, il reprend son souffle; que son nom soit béni.

En guise de conclusion, je formule une demande à Camille.  Toi qui as vécu une grande intensité de communion avec Marie, toi qui l'as beaucoup prié,

  • Pierre, ton époux de plus de soixante-dix ans de mariage,
  • tes enfants qui étaient le centre de ton existence,
  • tes amis,
  • et moi au nom de ton Église que tu as servi te demandent :

là où tu es, accompagne-nous maintenant dans nos efforts à mener une vie offrande de nous-mêmes  et que Jésus, que tu as tellement aimé, t'accueille à la table de son eucharistie sans fin. AMEN.

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Date: 
décembre, 2018

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