2026-A-Jn 1, 29-34- dimanche 2e semaine ORDINAIRE- un pas en avant, deux pas en arrière
2026-A- dimanche 2e dimanche ordinaire (litao02d.26)
Jn 1, 29-34 : un pas en avant, deux pas en arrière.
Nous avons fait de Bible un tas d’idées – dont nous pouvons avoir raison ou tort – plutôt qu’une invitation à un nouvel ensemble d’yeux. Et Jean-Baptiste nous offre des yeux nouveaux. J’ai vu l’Esprit de Dieu. Voici l’Agneau de Dieu. Heureux ceux qui voient que celui qui s’est rendu visible à nos yeux cache en lui la plénitude de la divinité ! Heureux ceux qui savent entendre des pa-roles inaudibles qui se cachent sous nos paroles humaines !
Il y a la question qui est Dieu. François d’Assise dans son Cantique du Soleil dit que Dieu, nul homme n’est digne de le nommer. Il est au-dessus de tout nom (Ph 2,9). Personne ne connaît le Fils si ce n’est le Père (Mt 11, 27). Il est aussi question pourtant aussi essentielle, qui est l’homme ? Réduire notre réponse à ce que nous voyons, c’est trahir notre identité. En se faisant l’un de nous, Jésus nous divinise. Notre culture toute axée sur le visible nous empêche de voir en profondeur et d’entendre des paroles inimaginables. Nous sommes plus que ce que nous voyons, sentons, goûtons, touchons.
Le temps de Noël qui s’achève nous présente non pas une réponse, mais un chemin. Le génie de l’Évangile n’est pas de nous donner de bonnes réponses, mais de nous mettre en mode re-cherche. Thomas Merton terminait l’un de ses livres par ces mots : voici le livre, mais pas la recherche. Il s’est manifesté dit Saint Jean, mais il reste à le découvrir. Ce que nos yeux ont vu, nos mains ont touché, nous vous l’annonçons (1 Jn 1, 3). Nous sommes toujours des explora-teurs de la nouveauté apportée par Jésus.
En se faisant humain, l’un de nous, l’Évangile ouvre nos regards, nos yeux sur un nouvel homme, sur un homme nouveau vivant une nouvelle vitalité de l’amour qui capable de mettre ses pieds là où Jésus a mis les siens, en terre « étrangère ». Nous sommes nés de Dieu (1 Jn 5, 19). Ce sont des paroles étranges. La bonne nouvelle sera toujours une parole étrange. Ce ne fut pas une découverte facile pour Jean-Baptiste. Il ne reconnaissait plus celui qu’il avait reconnu. Voilà quelqu’un qui, comme on le dit, a fait un pas en avant et deux en arrière. L’itinéraire de Jean-Baptiste est le nôtre. Nous sommes toujours des débutants.
Jean-Baptiste nous apprend à connaître celui que nous ne connaissons pas, à voir ce que nous ne voyons pas, à entendre ce que nous n’entendons pas. Il ne cache pas sa joie de reconnaître Jésus. Il ne cache pas non plus ses doutes. Il nous dit avec clarté que notre savoir sur Dieu est un non-savoir (Estelle Frankel).
Jean-Baptiste est une figure-réponse de qui nous sommes : capables de voir l’invisible et d’entendre ce qui dépasse notre capacité d’entendre. Nous connaissons plus de choses par l’ouïe que par la vue. Dans ma vie professionnelle, j’ai plus appris par ce que j’entendais que par ce que je voyais.
En ouverture de ce temps ordinaire, la liturgie à travers la figure de Jean-Baptiste appelle à écouter en profondeur, à vivre en profondeur. À voir au-delà du visible. À entendre des paroles inaudibles. À toucher des plaies répugnantes des « lépreux » d’aujourd’hui.
Entendons ce que prophétisait le prophète Isaïe : j’ai fait de toi la lumière des nations pour que mon salut parvienne aux extrémités de la terre (Is 49,6). Goûtons à la joie d’aller à la rencontre du monde pour y apporter l’Évangile du Royaume de Dieu. Découvrons non pas par ouï-dire, mais par une découverte/expérience personnelle la joie d’être parole, d’être message et d’être conversation (Paul V1, cité par Léon XVI) avec le monde. Amen.
