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2019-C-Mc 10,13-16- samedi 7e semaine ordinaire- rien, un mot si plein de sens.

Année C : samedi de la 7e semaine ordinaire (litco07s.19)  

Mc 10,13-16 : rien, un mot si plein de sens.

Ce matin, un passage de l’écriture qui renferme en quelque sorte la quintessence de l’évangile. La quintessence de notre identité, nous rappelle la lecture de Siracide qui invite à nous arrêter sur notre condition humaine. Nous ne sommes pas les maîtres de la vie. Dans cet appel de Jésus à ne pas éloigner de lui les enfants émerge un mot à méditer, à contempler longuement : rien. Nous avons tout reçu, dit l’auteur du livre.  Rien, un mot qui vaut cher, mais que l’esprit du monde cherche à éliminer.  Laissez venir à moi ceux qui ne sont rien. Qui ne sont que des riens. À eux est annoncée la bonne nouvelle. L’humanisme chrétien, écrit Joseph Moingt dans son dernier livre (Esprit du christianisme, p. 126), place les simples et les petits en position privilégiée sur le chemin qui conduit à la connaissance de Dieu. Il élève les humbles (Lc 1, 53).

Pour Dieu, rien n’est petit. Rien ne peut être réduit à rien. Qui opprime le faible outrage son créateur (Pr 14, 31). Les Moïse, les Jérémie, les David, les Lévi de l’histoire sont tous des gens qui ont un handicap,, tous des gens moins que rien. C’est leur conscience de leur vulnérabilité qui attire Dieu à leur confier  la mission périlleuse d’agir au nom de Dieu. Saint Marc atteste de la vraie grandeur quand, encadré par deux textes de scribes drapés dans leur apparat (Mc 12, 38) et de la grandeur du temple (Mc 13,1), il nous présente le geste   de la pauvre veuve déposant deux piécettes dans le tronc (cf. Mc 12, 41-44). Si Dieu est avec les riens qui seront  contre nous, se demande Paul (cf. Rm 8 31), qui ajoute que rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur (v. 39).

Les indigents, les petits, les tombées de la route ne dérangent pas l’horaire de Jésus contrairement aux disciples qui réprimandaient Bartimée, l’aveugle, pour le faire taire (cf. Mc 10, 46-52). Ils ne sont pas des obstacles à contourner sur son chemin. Par leur attitude, les disciples veulent Jésus à eux tout seul. Ils souhaitent avoir toute son attention, qu’il leur réserve toute la place, qu’il soit exclusivement pour eux.

C’est à se demander s’ils suivent Jésus pour réaliser leur projet de petites glorioles. C’est un risque toujours actuel. Les disciples ne saisissent pas que le cri des moins que rien, des petits, de ceux qui appellent à l’aide, ne dérange pas Jésus et qu’ils ne sont pas des entraves sur son chemin. Pour Jésus, écouter la vie, tous les signes de vie est une question vitale.  

Cette scène laissez venir à moi parle de l’apostolat de l’attention à  ce que nous avons reçus, l’attention aux autres. Écouter les cœurs, toucher les coeurs, les sans voix, les sans-logis, les meurtriers. Le mot qui définit le mieux cette demande de Jésus, laissez venir à moi, est celui de déchirure (Gui Lauraire[1]). Jésus déchire le système de son temps qui sépare les purs des impurs, les pratiquants des non-pratiquants. Il refuse de coudre un vêtement neuf sur du vieux (cf. Mc 2, 21). Nous préférons la proximité avec ceux qui portent des vêtements somptueux, des bagues d’or aux doigts et à qui nous offrons les premières places. 

Rien, c’est un grand mot dans l’évangile. Un mot noble. Qui est capable d’en comprendre la hauteur, la profondeur ? Qui peut comprendre que le petit est grand et que le grand est petit, s’interrogeait le pape François dans une de ses homélies du matin (25 avril 2013). Qui peut saisir toute la richesse qui se cache dans le rien ? Ce que nous en comprenons est bien moindre que ce que nous en laissons, pour citer Saint Éphrem.

«Rien» est un petit mot si plein, si court, si beau. Rien n’est plus puissant qu’une graine de moutarde (Mt 13, 31-32). Rien n’est plus grand qu’un enfant. Rien n’est plus puissant que la faiblesse.  Rien n’est plus éloquent que la fragilité. Rien n’est moins dérangeant que les sans-abris, les sans-papiers, les migrants en marche vers une terre d’accueil.

 Nous ne finirons jamais de comprendre que ces riens sont des trésors recherchés par Jésus. Par son appel, laissez venir à moi les riens, Jésus nous libère de notre souci de la grandeur. Le Christ nous a libérés (cf. Gal 5,1) de notre souci de nous donner de l’importance.  Il élève les riens, chante Marie. Il les fait grands, importants. Devenons louange et reconnaissance pour le regard de Jésus sur chacun d’entre nous. AMEN.

[1]  Lauraire, Gui,  On n’enterre pas la lumière, éd. Temps Présent, 2015, p.127s

 

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Date: 
février, 2019

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