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2017-A-Jn 8, 21-30- mardi 5e semaine carême- désirer autre chose

Année A : mardi de la 5e semaine du carême (litac05m.17)

Jean 8, 21-30 : en nous, un désir d’autre chose

Il y a quelque chose de très beau et  de fascinant dans cette réponse de Jésus précisant (enfin!) son identité. Il y a aussi quelque chose d’effrayant. C’est par la croix qu’il nous montre le mieux qui il est. C’est par ce scandale et cette folie (1 Co 22, 24), c’est par cette scène horrible que beaucoup crurent en lui (v. 30).

Jésus ne se contente pas de bien parler, il parle bien. À comprendre, Jésus parle bien parce qu’il agit selon ce qu’il dit. Il prend au sérieux ce qu’il dit, alors que d’autres, les beaux parlants, se contentent de seulement bien parler. De faire de beaux discours qui ne mènent nulle part. Ce matin, Jésus nous apprend à parler bien. Il nous apprend à être ce qu’on dit. Je dis ce que le Père m’a enseigné.

Au lieu d’entrer dans une logique de vengeance envers ceux qui refusent de le reconnaître ou mieux qui ont de la difficulté (et elle est de tous les temps) à percevoir même de loin son «je suis», Jésus assume jusqu’au bout la logique de l’incarnation. La logique de la finitude. La logique du parler bien qui le conduira à la croix alors que celle de bien parler aurait pu susciter admiration et adhésion des leaders religieux et politiques. Jésus refuse la logique de seulement bien parler. Saint Jean emploie un mot qui est au coeur de son évangile: Jésus s’est fait chair (Jn 1, 14) pour parler bien plutôt que d’être un beau parleur.

Dans ce mot incarnation, chair, il y a un mouvement qui va de la naissance à la mort, de la mort à la vie. Ce mot englobe le commencement d’une vie divine en nous. Grandir, mûrir en responsabilité, apprendre, chercher, observer, s’interroger, s’émerveiller, se diviniser, ce sont toutes des étapes qui jaillissent du mot incarnation. Jésus n’a pas esquivé ces étapes, même les plus sombres et les plus amères de la vie. Dans ce mot, il y a un devenir divin. Nous sommes d’en haut. Nous sommes aussi de sa race (Ac 17, 28).

En nous, la loi d’airain de l’intérêt (Bruno Latour, dans Enquête sur les modes d’existence, 2012), cette loi qui nous incarne aux choses d’en bas, celle du pouvoir, de la consommation, d’avoir plus, est bien plus robuste que celle d’une vie incarnée dans le monde de Dieu, le monde d’en haut.

La question demeure : comment en est-on arrivé à une telle disproportion entre les choses d’en bas et celle d’en haut?  Comment est-on arrivé à une telle opposition qui affecte notre être profond? En ouvrant les conférences du carême à Notre-Dame de Paris, le philosophe chrétien Olivier Boulnois  affirmait que la culture ne permet plus à l’homme d’accéder à son essence [...]; elle est [devenue] un bien de consommation au service du divertissement et de la satisfaction immédiate de nos désirs (http://www.paris.catholique.fr/texte-de-la-conference-de-careme-a-40271.html).

En nous, en chaque être humain, il y a un désir d’autre chose. Que nous le voulions ou non, le reconnaissions ou non, Jésus est le représentant de cette autre chose. Il a annoncé cette autre chose dans un environnement qui lui a été hostile et qui le demeure aujourd’hui. Cette autre chose, sa bonne nouvelle,  paraissait tellement une folie pour son époque qu’on l’a conduit à la mort.

Dans les Actes des apôtres (chapitre 17), Paul s’emploie à démontrer que cette autre chose offre un nouveau regard: comment vivre non écartelé entre «l’en bas» et «l’en haut», entre une vie matérialiste et spirituelle. Au dieu inconnu, il leur fait connaître ce Dieu qu’ils ne connaissent pas. Nous avons en lui la vie, le mouvement et l’être (Ac 17, 28).

En nous préparant à entrer dans cette semaine sainte, ne récriminons pas contre cette autre chose que nous propose Jésus. Cette autre chose nous vient d’en haut et passe par Jésus, ce «je suis», un homme ordinaire, unique. Que ces jours saints nous fassent passer du jardin d’Éden à un sol maudit (Gn 3,17) à celui plus sublime, du jardin d'une terre neuve, inédite, toujours en construction, qu’est cette autre chose que nous offre la Croix de Jésus. AMEN.

 

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Samedi, 1 avril, 2017

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